Puisqu'il faut à tout prix plaire et ne pas heurter les valeurs sûres de votre époque, puisque l'élite ne réside pas toujours là où on l'attend, parce que la bêtise se prend sous tous les angles, oui, ce texte est à toi, qui aurait mieux fait, comme tes semblables de rester muet, ce texte se voudrait être le plus expressif qui soit puisqu'il m'est destiné autant qu'à mes confrères, que dis-je, congénères, allégories même d'une excroissance nerveuse majeure ...
Je ne sais plus comment me voir en face, chaque matin, un nouveau mensonge, ou bien un ancien, si vite lassant qu'on le trouve vieux déjà à sa naissance me direz-vous. Chaque pas que vous faites fait tant de bruit que je ne peux plus dormir, comme chaque crissement de ma plume contre mon papier doit vous affoler la nuit, dans vos nobles rêves qui consistent à voler les aspirations réelles de votre entourage afin d'en tirer un avantage, un intérêt quelconque ? Je ne sais plus comment regarder un miroir sans penser que ce n'est pas sept ans de malheur qui vont s'abattre, mais une vie à devoir se regarder sans cligner des yeux. Je vous avouerais volontiers que notre bêtise me fait peur.
On tombe vite dans un raz-de-marée de maquillage et on préfère rester muet devant l'immensité du masque qui s'étend, mais qui n'est plus simplement un masque, mais un déguisement social grotesque, ce culte du show, de la beuverie et de la cuite, du coma, du coma sociétal, de l'aveuglement, puis de la cessité, de ces troubles qui ne font qu'empirer et dont on ne verra jamais la fin, du moins on le croit, puis cet handicap, cet handicap qui fait plus souffrir le monde que nous-mêmes, le mutisme, par effet de mimétisme ...
Non, notre histoire m'effraie. Nés de rien et se croyant tout-puissants, omniscients, on a décidé d'inventer un mot qui engloberait une entité complète, une idée abstraite d'un tout général, enfin, que penser de toutes manières même, ne serait-ce que de la prétention du mot "rien" qui a pour but de désigner quelque chose que personne n'a jamais vu ...
Toute cette introduction pour dire que tout ce que j'ai fait le choix de vous laisser voir de moi n'est qu'une toute petite, une infime, une invisible, part de mensonge conventionnel qui a pour objectif de vous faire tomber les yeux de leurs orbites, car la représentation que je me fais de cette scène me procure autant de plaisir que vous, lorsque vous apprenez que vous avez réussi à blesser quelqu'un.
Honnêtement, qu'est-ce que ça peut vous foutre qu'il y ait trop de ci, trop de ça ? A ce que je sache, je m'étais toujours abstenue de vous dire que vous êtes trop superficiels.
Laissez-moi tranquille.